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Exposition photo à la BU de Blois

  • Documentation - Bibliothèque,
Date(s)

du 18 juin 2021 au 23 juillet 2021

Lieu(x)
Site Blois

Venez découvrir les photos de Thierry Cardon sur le thème :

La genèse de ce travail a été de trouver un lieu proche et accessible qui me permettrait de poursuivre les recherches photographiques.
Pourquoi ne pas voyager sur place quand l’envie d’exploration ailleurs ne m’était pas possible ?
J’avais repéré, à quelques trois cents mètres de mon domicile en Blois-Vienne, un verger qui appartenait à un homme de ma connaissance. Malheureusement pour cette personne, qui avait eu un accident cérébral, un coma l’avait condamné à une vie alitée et végétative. Le verger, auquel ce jardinier avait pris tant de soin à tailler les arbres fruitiers, avait été abandonné de fait et l’était resté longtemps après sa mort.
Étroit et tout en longueur, on pouvait donc le longer pour regarder le terrain en entier sans devoir y pénétrer.
Je m’étais donné la consigne de ne pas chercher à y entrer bien que c’eût été facile, car la clôture n’était pas haute. De plus, quelques piquets étaient renversés. C’était un no man’s land que j’observais depuis l’extérieur de son enclos. Je considérais cet espace comme sacré, et, prenais la précaution de ne pas violer ce territoire.
Donc j’observais le verger avec cette distance qui était la limite de la barrière. Pour cet effet, je montrais parfois ma main tirant le grillage, comme on tire un rideau d’une scène de théâtre, invoquant les mystères païens à apparaître.
Durant plusieurs cycles de saisons je vis comment les plantes sauvages et broussailleuses reprenaient le dessus. Je suivais l’évolution d’une terre cultivée avec soin, essayant désespérément de survivre sans l’homme, et devenant peu à peu chaotique, envahie de ronces, en prenant l’allure d’un terrain vague. C’était la marque du travail humain que la nature effaçait inexorablement.
La lumière, qui perpétue la beauté, se posait là encore obstinément, sur les fruits et les fleurs qui pouvaient donner des sursauts d’abondance et de fêtes. Sous le feu de son éclairage, s’animaient la danse désarticulée des arbres, et le jeu des herbes folles. Dans ce décor champêtre d’autres choses triviales et décomposées trouvaient leurs places, comme une voiture en panne, ou une table d’écolier au rebut, ou encore de grands bidons de plastique pour le stockage d’eau,...
Mes photographies étaient à l’origine en noir et blanc afin de les colorier aux crayons. Je prenais patiemment le temps de la lente mise en couleur, pour faire remonter de mémoire l’atmosphère, la lumière, la matière que j’avais senties au contact de la réalité.
C’était un acte magique, une médiation pour restituer, à moi et aux autres, toute la présence de cet espace paisible, sans vouloir en accentuer le drame ni la mélancolie.
Le grillage effondré par endroit, les herbes écrasées traçant des chemins, et, le grappillage des fruits montraient que le jardin était désormais visité.
Il était temps pour moi de tourner la page, et de devoir conclure. L’occasion me fut donnée le jour où des montgolfières décollèrent d’un champ voisin. Elles arrivèrent dans mon dos, d’abord, venant du ciel j’entendis leurs souffles alternés comme des respirations qui s’amplifiaient. Puis elles passèrent au-dessus du verger alors que j’inspectais du regard les dernières poires aux sommets des branches. Je vis tout de suite leurs formes communes toutefois inversées. Aussitôt la photo prise, le vent les emportant vers l’horizon, les ballons disparurent.
Je n’aurais jamais mieux imaginé un tel moment de grâce pour la fin.
THIERRY CARDON